Afghanistan : l’intervention de Jean-Claude Sandrier à l’Assemblée Nationale, le 1er avril 2008
août 22, 2008
Nous allons donner un certain nombre d’éléments, de réflexions et d’interventions concernant la présence (et le renforcement, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy) de soldats français, sous commandement de l’OTAN, en Afghanistan.
Lors du débat à l’Assemblée Nationale – sans vote ! -, voici, sans plus de commentaires, l’intervention prononcée par le député PCF du Cher, Jean-Claude Sandrier. Le compte-rendu intégral de cette séance mérite aussi d’être lu (sur le site de l’Assemblée Nationale).
EJ
M. Jean-Claude Sandrier – Nous sommes probablement l’une des rares démocraties au monde dans laquelle une intervention militaire à l’étranger, sa poursuite, l’accroissement envisagé de ses moyens ou encore la création d’une base importante dans un autre pays ne puissent faire l’objet d’un débat au Parlement sans une demande pressante et réitérée de l’opposition. Et ne parlons même pas d’un vote, puisque celui-ci nous est aujourd’hui encore refusé !
Monsieur le Premier ministre, vous n’êtes donc pas capable d’anticiper de deux mois sur le texte de loi portant réforme des institutions, lequel dispose que lorsqu’une intervention militaire extérieure excède six mois, sa prolongation est autorisée par le Parlement à l’issue d’un vote. Permettez-nous par conséquent de mettre en doute le crédit à accorder à ce texte ! Il est vrai que pendant les six premiers mois d’une intervention militaire, le Parlement n’aura pas voix au chapitre, puisqu’il pourra seulement être informé, éventuellement dans le cadre d’un débat, mais sans vote. Que de subtilités pour parvenir de fait à priver le Parlement du droit de se prononcer par un vote sur la pertinence d’un engagement militaire !
Notre groupe dénonce aussi la dérive atlantiste d’un Président de la République qui n’a pas été mandaté pour cela. Et cette tendance s’est déjà manifestée à plusieurs reprises. D’abord, par une cour à George Bush, à contretemps de l’opinion des Américains eux-mêmes telle qu’elle a évolué au fil du temps et du sentiment mondial ; à contretemps, aussi, puisque, dans dix mois, M. Bush ne sera plus président des États-Unis.
Dérive atlantiste encore, quand le Gouvernement soumet la construction de la politique de sécurité et de défense européenne à une intégration plus forte – pour ne pas dire totale – de la France dans l’OTAN, alors même que la seule justification de l’existence d’une telle politique, c’est son autonomie et son indépendance.
Dérive accrue, quand, sans débat, la France prévoit d’implanter une nouvelle base militaire face à l’Iran, en vue de s’engager plus avant dans les espaces de guerre américains.
Dernier avatar de cette dérive atlantiste qui confine à la soumission, la décision d’envoyer 1 000 hommes de plus en Afghanistan, soit 60 % d’effectifs supplémentaires. S’agit-il de soulager l’effort de guerre des États-Unis en Irak ? Ou bien de hâter la résolution du problème Afghan, alors que chacun sait que ce type d’intervention se termine toujours dans un enlisement, l’URSS en ayant donné le meilleur exemple ? (Rires sur les bancs du groupe UMP) A-t-on mesuré les risques pour nos soldats et pour notre peuple ? A-t-on dit aux Français comment ils allaient payer ces renforts alors que les caisses sont vides ?
Bien entendu, le Gouvernement s’abrite derrière le combat contre le terrorisme et l’argument semble imparable car nul ne soutient le terrorisme aveugle, qui tue des innocents et parfois même des enfants.
Encore faudrait-il savoir qui arme ce terrorisme…
M. Maxime Gremetz – Bush !
M. Jean-Claude Sandrier – …et si la croisade américaine a été d’une quelconque efficacité. Notre réponse est non. Lorsqu’on veut combattre un mal, c’est à ses causes profondes qu’il faut s’attaquer. Combattre le terrorisme, c’est combattre ce qui le fait naître et prospérer.
Je ne vous citerai aucun dirigeant du parti communiste à l’appui de mon propos, mais de hauts responsables de la stratégie de notre pays, s’exprimant devant l’Institut des hautes études de la défense nationale. « Le rouleau compresseur de la globalisation à l’occidentale, disent-ils, n’a pas apporté la cohérence escomptée sur la planète. » « Au contraire, une déstabilisation profonde du monde est à l’œuvre… Le développement d’un fort individualisme est lié à la globalisation. » Face à cela, « des contre forces se sont développées ». Et un autre intervenant de reconnaître : « Il faudra peut-être trouver autre chose que l’avancée inexorable de la globalisation » – autrement dit de la mondialisation capitaliste (Exclamations sur les bancs du groupe UMP).
Oui, « le monde est malade », comme l’a fort bien expliqué le sociologue allemand Ulrich Beck. Dans les dix dernières années, la production mondiale a doublé et le volume du commerce mondial a triplé, mais le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 100 millions. Le monde est malade de la pauvreté ; il est malade de l’injustice quand les plus riches étalent leur richesse à la face non seulement des plus pauvres, mais aussi de ceux à qui l’on demande des efforts parce que les caisses sont vides.
Les 500 plus grosses fortunes françaises possédaient l’équivalent de 6 % du PIB il y a dix ans (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) : elles en possèdent aujourd’hui 15 %. Mais en France comme dans le monde, on s’aperçoit de plus en plus que si les caisses sont vides, les coffres-forts sont pleins !
Imaginer que l’on peut régler par la voie militaire des problèmes qui tiennent aux déséquilibres sociaux et économiques, c’est aller au-devant de conflits encore plus graves, à l’appui desquels on invoquera encore les prétextes les plus faux – la faute à la religion, à la civilisation de l’autre qui n’est pas la bonne, à sa culture.
S’attaquer aux causes de nos maux n’est pas un problème militaire : c’est un problème de responsabilité politique et de choix politiques.
Une autre politique de sécurité est heureusement possible. C’est d’abord une politique de coopération et de développement radicalement différente de ce qu’elle est aujourd’hui – un fiasco. « Nous devons civiliser la Terre », dit Edgar Morin. Combattre le terrorisme, c’est d’abord combattre la pauvreté, l’asservissement, le néo-colonialisme, l’humiliation des peuples du Sud et du Moyen-Orient. Quand la pauvreté et l’humiliation reculent, la paix progresse !
C’est assurer une autre répartition des richesses, non pas s’assurer par la force l’accès aux matières premières, mais se lancer dans un développement respectueux de leur utilisation et développer la recherche de nouvelles sources d’énergie.
Civiliser la Terre, c’est permettre à tous d’y vivre dignement. Il faut donc chasser les prédateurs financiers qui s’engraissent à des taux de rentabilité irréels sur le travail des autres (Interruptions sur les bancs du groupe UMP).
Il faut stopper la guerre économique (Mêmes mouvements), qui porte la guerre tout court. Les premiers facteurs de déséquilibre sont aujourd’hui le développement des inégalités et les velléités d’hégémonie économique, à commencer par celles des dirigeants américains (Mêmes mouvements).
Nous sommes loin de ces préoccupations lorsque vous souhaitez envoyer 1 000 hommes de plus en Afghanistan : mais nous nous lançons dans une fuite en avant qui nous soumettra à la stratégie des États-Unis, laquelle menace la paix du monde sans résoudre aucun des problèmes posés.
Il est regrettable que sur une question aussi grave, les représentants du peuple soient privés du droit de vote. C’est symbolique d’un pouvoir qui fait passer la peur d’être désavoué avant l’exercice, légitime en démocratie, du droit de vote.
Le groupe GDR s’oppose fermement à cette politique de soumission à quelques dirigeants américains portés essentiellement par leurs intérêts personnels : elle est dangereuse pour le monde comme pour la France (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe SRC)