Indécent !

août 21, 2008

Une réaction après la cérémonie de ce jour aux Invalides d’une élue communiste de Castres.

Castres, le 21 août 2008

A quoi pensait-il notre président, face aux cercueils des 10 jeunes soldats sacrifiés sur l’autel de l’intégration française dans l’OTAN (et son commandement militaire) ?

Peut-être a-t-il mesuré dans le regard de leurs familles la lourde responsabilité qui est la sienne dans le fiasco militaire qu’ils ont payé de leur vie … mais pas au point de remettre en question son aveuglement idéologique.

Certes, ces militaires savaient qu’ils faisaient un métier dangereux mais ils n’imaginaient sûrement pas qu’on les abandonnerait pendant 4 heures sans munitions suffisantes, ni que ceux censés les secourir se tromperaient à ce point de cible.

Tout en restant critique sur le rôle de ce type de régiments dans notre histoire (notamment dans les guerres coloniales) et en gardant nos convictions pacifistes et internationalistes, comment ne pas être indignés de l’indécence du discours de Nicolas Sarkozy ?

 - Indécent lorsqu’il fait défiler les membres du gouvernement aux Invalides devant les caméras pour soigner sa communication …

- Indécent lorsqu’il parle d’honneur et de courage …

- Indécent lorsqu’il assimile le rôle qu’il fait jouer à l’armée française (simple pion de l’OTAN) en Afghanistan la défense des droits de l’homme…

-Indécent lorsqu’il évoque l’âge de ces jeunes soldats envoyés en mission après seulement quelques mois de formation théorique et en reconnaissance sur le terrain sans moyens préalables suffisants de renseignements …

- Indécents ses ministres de la défense et des Affaires étrangères – experts en trahison et en retournement de vestes – et ses généraux réfutant les témoignages des survivants à l’embuscade …

- Indécente enfin l’attitude qui consiste à mettre en avant l’émotion et la prétendue volonté de “ne pas polémiquer” alors que tout son discours était une auto-justification.

Tout sonnait faux dans ce discours (fort mal écrit d’ailleurs, Henri Guaino doit être encore en vacances …) tant l’émotion que les arguments politiques.

La valse des pantins ministériels et la présence de Giscard et d’Anne-Aymone (sortis pour l’occasion de la naphtaline) n’a pas suffi à camoufler l’absence symbolique à la cérémonie des héritiers de la politique internationale de De Gaulle : Chirac, Villepin …

Force est de constater qu’on est loin des engagements de campagne du candidat Sarkozy, lorsqu’il affirmait que la présence française en Afghanistan n’était pas indispensable.

Décidément, le costume de président n’est vraiment pas à sa taille. Il est urgent qu’il cesse de prendre la France pour un monopoly géant où règne la loi de l’argent et du plus fort et de considérer la guerre et la vie des soldats français comme un outil au service de sa volonté d’acquérir une stature internationale, à l’ombre de l’oncle Sam.

Peut-être Nicolas Sarkozy aurait-il pu méditer la définition du discours aux morts que donne Jean Giraudoux dans “la Guerre de Troie n’aura pas lieu” :

“Un discours aux morts de la guerre, c’est un plaidoyer hypocrite pour les vivants, une demande d’acquittement. C’est la spécialité des avocats. Je ne suis pas assez sûr de mon innocence …” (Acte 2, scène 5).

Dans quelques jours, M. Sarkozy continuera avec arrogance à casser nos acquis sociaux et à prétendre qu’il n’y a pas d’argent pour augmenter les salaires, pour maintenir des services publics, préserver la sécurité sociale … tout en dilapidant l’argent de l’Etat en mettant notre armée au service de l’OTAN sans consulter le peuple ou ses représentants, et d’autres morts allongeront la liste des victimes de sa désastreuse politique étrangère.

Pendant ce temps, les enfants des soldats reprendront le chemin de l’école et les médailles accrochées au cercueil ne les consoleront pas.

 Géraldine Rouquette, conseillère municipale de Castres.